Le concept d'un projet du Studio Magnussen : "Sphère publique - sphère privée"

Point de vue – un premier pas dans « Fixions »


J’ai un profil pas mal « portable » (au sens de « qui a beaucoup bougé » et qui est « mobilisable » pour de nouvelles transformations) : sciences, communications, philosophie, médiation culturelle, production de livrels, humanités numériques, engagement communautaire, écologisme et enseignement de la littérature… Ça fait – dans le désordre – beaucoup d’avenues empruntées (et j’en omets), poursuivies (pas toujours) et que je continue de tenter d’entretenir (dans certains cas) avec plus ou moins de succès, de sorte qu’il m’arrive de me sentir quelque peu égaré, et de douter de la cohérence de mon parcours…

On pourrait dire que mon cheminement est « atypique ». Mais mon cas devient quelque peu compréhensible (et pourrait devenir de plus en plus représentatif), dans la mesure où on considère les bouleversements que notre société « désorientée » traverse et les remises en question « existentielles » de plus en plus nombreuses et persistantes que ces turbulences provoquent. Si la culture et la communauté ne savent plus où donner de la tête, comment s’étonner que les « citoyens » ou les « membres » qui composent un « pays » (on sait qu’avec le Québec, cette question n’est pas réglée), ou une « nation » (et le statut de celle-ci est variable : pensez aussi aux Premières Nations… sans parler des Métis), s’engagent sur une multiplicité de sentiers au cours de leurs vies et présentent une feuille de route plus éclatée avec des détours plus nombreux que ceux qui caractérisaient les cheminements personnels et professionnels de leurs parents (c’est encore drôle : les hippies devenus fonctionnaires ou banquiers ne sont pas rares).

Or, j’arrive à une croisée des chemins, « jeune » papa, ayant enfin terminé la scolarité de maîtrise en littératures de langue française, sur le point d’entamer un stage en enseignement du français au collégial (avec des jeunes de 17-18 ans de la « couronne Nord » de Montréal – au CÉGEP Montmorency de Laval), je suis « producteur de livrels » à mon compte (c’est ce qui dit mon profil LinkedIn) pour Lux éditeur principalement, jusqu’à présent (suite à un stage en édition numérique réalisé chez cet éditeur québécois indépendant et engagé à l’automne 2014). Et, si je pourrais être la cible d’attaques du démon de midi vu mon âge bientôt respectable, je suis surtout la proie d’un désir persistant de déployer le « trésor inexploré » de ma créativité…
C’est un cliché, mais c’est une véritable question : devrais-je consacrer une partie de mon « précieux » temps (jusqu’à présent dévoué – ces six dernières années à tout le moins – à de multiples causes qui me tiennent à cœur, de la protection de l’environnement à la sensibilisation du public québécois à l’art autochtone en passant par les humanités numériques et les questions philosophiques associées à la généralisation de l’usage des nouvelles technologies) à l’expression de points de vue plus personnels sur le monde, la vie et le soi (individuel et collectif) qui requièrent peut-être que j’emploie les ressources de l’art, à commencer par l’écriture littéraire ?
Ce questionnement m’occupera encore longuement, je crois. Par conséquent, ce serait illusoire de penser que je parviendrai à résoudre les dilemmes qui y sont associés, simplement en tentant d’extérioriser les enjeux par la rédaction d’un billet. Et j’espère que cette section sera le témoin d’une évolution sensible de ma réflexion à ce sujet.
En effet, j’en profite – puisque cette question-projet me travaillera désormais de manière « durable » – pour fonder une nouvelle catégorie sur ce blogue, que j’avais l’intention d’ouvrir depuis longtemps, et qui s’appellera « Fixions« . Évidemment, ceci se veut une référence (homophonie) à la « littérature » dont on résume souvent la signification à sa dimension « fictionnelle ». Alors, en quoi les « fixions » différeront-elles de « fictions » conventionnelles ?
Je ne peux le prédire d’emblée.
Mais la racine du nom de cette nouvelle catégorie de billets, évoquant (comme les précédentes d’ailleurs) quelque chose comme un nouveau « genre » littéraire, étant le verbe « fixer »… on peut entendre dans ce choix de graphie légèrement en rupture avec l’orthographe du terme usuel (ce qui est cohérent avec la ligne éditoriale de ce blogue, inscrite en son nom même, Ruptare), la volonté de souligner le caractère artisanal du fait de produire une œuvre d’art. Du moins est-ce le cas, si l’on admet qu’à cette fin (afin de créer une « œuvre originale qui se tient ») on doit se doter d’un point d’appui, avoir un système de références, quitte à le construire de toutes pièces (le plus souvent en récupérant des matériaux empruntés à l’environnement), pour pouvoir déployer une toile, délier un fil narratif, mettre en images une scénario… Comme on le dit en BD, on se dote de planches, pour asseoir les idées artistiques que l’on étalera dans les pages de livres imprimés (et désormais aussi numériques) pour le plus grand plaisir des lecteurs, amateurs du genre. Mais un point de vue est forcément quelque chose qui requiert une prise de recul, une circonscription de l’objectif, à partir de la définition d’une perspective. C’est l’optique dans laquelle elle a été conçue qui fait l’unité de la planche, pas ses limites physiques, qui n’ont plus guère de sens en contexte numérique.
Mais ne nions pas l’importance du support. Elle est tout aussi fondamentale en musique, où l’on adopte certes une approche esthétique, mais où on doit aussi se doter d’un canevas, afin de pouvoir intégrer les différents lignes mélodiques et structures rythmiques dans une forme englobante, que tissent les différents « phrasés ». Tous les discours artistiques qui occupent un certain espace (imaginaire), y compris ceux qui se déploient davantage sur le plan auditif (et qui ont donc davantage trait au temps que les arts visuels), même dans les genres improvisés comme le jazz ou la performance ont recours à une architecture au moins implicite, reposant sur des matériaux structurants tels des accords, des lignes harmoniques, brefs des éléments susceptibles d’être reconnus,  ce qui équivaut à se munir d’une grammaire. Ce qui est compréhensible parce que chacune a besoin d’un code pour communiquer. Un artiste a beau être génial il ne saurait être entendu s’il ne développait une voix narrative pour élaborer un propos qui puisse être interprété serait-ce à toute vitesse... tel une esquisse !
Évidemment, je résume à gros traits. Mais c’est cet aspect forcément « fabriqué » de l’art, sa dimension technique, que je souligne par la condensation de la fonction de la création dans ce ‘x’ qui se substitue au ‘ct’ central dans « fictions ».
Et il est permis d’y lire également un clin d’œil à l’implication numérique de cette dimension artisanale de toute création littéraire et autre (a fortiori hybride ou transmédiale), soit à la composante de langage de balisage (comme le XML ou ses dérivés comme le sont les langages SGML et les autres formats de documents structurés comme le XHTML) qui se rapproche de la programmation, notamment depuis l’inclusion du Javascript dans le HTML5 et du HTML5 dans l’EPUB (avec l’établissement de la norme EPUB 3).
Finalement, tout est-il une question de conventions? Je ne saurais m’y résoudre. Mais je suis bien forcé de reconnaître que l’interprétation demeure le passage obligé du sens… ce qui n’enlève rien au fait que l’auteur(e) et ses lectrices et lecteurs sont libres de confectionner le point de vue à partir duquel ils/elles engageront leur conversation. Et, par ce motif, ils/elles se définissent comme sujets d’un regard (ce qui les construit en partie).
C’est donc en tant que pseudo-pionnier d’un « nouveau territoire » – qui s’instaure (cybernétiquement) sous les pas qu’il rend possible – que je m’efforce d’avancer dans une direction (que je tenterai de cartographier au fur et à mesure). Mais je suis convaincu que, quelle que soit l’issue de cette échappée, ce sera des questions suscitées par ces propositions (sous-tendues par les « pas/explorations » que constituent ces billets) qu’émaneront les véritables (opportunités de) renouvellements de perspectives 🙂

À vous de jouer, alors… Faites vos propres découvertes et tentons de fusionner, serait-ce imparfaitement, nos horizons !

Le concept d'un projet du Studio Magnussen :
Sphère publique – sphère privée (développement du concept d’un projet de design par deux membres du Studio Magnussen)

L’image en tête de cet article est un recadrage du plan présentant le développement du concept du projet Sphère publique – sphère privée par Jérémy et R. Thibeau pour le Studio Magnussen (tous droits réservés) http://arpc167.epfl.ch/alice/WP_2011_S3/magnussen/archives/3018

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3 réflexions au sujet de « Point de vue – un premier pas dans « Fixions » »

  1. Les choix d’emploi du temps ne sont pas nécessairement intellectuels, mais viennent sans hésitation du coeur. À mon avis, cette question que tu poses en cache une autre. Comment se fait-il que tu te poses cette question ? Et pourquoi faudrait-il avoir avoir des parcours typiques ? Ta multidisciplinarité est en soi un parcours qui n’a pas besoin d’être justifié.

    1. Merci pour ce commentaire Ève-Marie. J’ai reformulé certains éléments de mon billet, peut-être en partie sous l’impulsion de ton regard éclairant et qui invite à approfondir la réflexion. Il est vrai qu’on est le fruit de ses détours. Il est probablement juste qu’on devrait s’inquiéter de ce que quelqu’un(e) se sente obligé de se justifier d’un parcours éclaté. J’ai peut-être forcé le trait en laissant entrevoir une forme de désespoir face à cette situation de dispersion qui peut paraître incohérente et donc compromettre les chances d’en tirer du sens. En même temps ce que je fait valoir, de manière peut-être prétentieuse, est que mon parcours sinueux est symptômatique du fait que la vie exige de nous en quelque sorte que nous nous construisions une identité en nous élaborant une « voix » d’où nous pourrons parler le monde qui nous soutient.
      L’art, qu’est-ce que c’est ? Est-ce toujours en partie une manière de détourner les « mots pour le dire » dans le sens d’une dérivation des « conséquences nécessaires » vers des filières « alternatives ». Est-ce à dire que ça prend au moins un mince filet d’affirmation. Même pour dire « non »? Mais revenons à nos moutons. Si je te suis, tu dis que je devrais me dire : « Je suis, et ce qui est vaut par soi-même. Or je suis complexe donc ma complexité vaut par elle-même et n’a pas besoin de se justifier. » Admettons. L’autre volet de ce que tu soulève est que l’aspiration au « typique » n’est pas une fatalité. C’est un bon point. Je ne sais pas si nous pourrions être d’accord pour « convenir » que le typique ne loge pas à la même enseigne pour tout le monde. Ainsi, pour quelqu’un qui, comme moi (ou plus intensément que moi), a mené son existence suivant une trajectoire en zig-zag jusqu’à maintenant, le fait de prendre une tangente moins difficile à suivre peut en soi se révéler un exercice plus difficile à réaliser que de continuer à bifurquer sans cesse suivant son cœur. Mais peut-être ne serait-ce pas plus facile d’expliquer pourquoi il faudrait « toujours changer » pour être heureux. Le problème est sans doute avec ces mots « falloir » et « devoir » qui semblent exclure toute notion de plaisir et de spontanéité. Alors, j’aimerais bien savoir comment me doter d’un point d’appui qui ne soit pas trop « contraignant ». Peut-être le prochain détour me permettra-t-il d’en entrevoir la fuyante silhouette ! ?
      Encore une fois merci, pour cette opportunité que tu m’as offerte de me dépenailler d’un regard sur moi-même un peu trop rigide.
      Je ne ressors de ce nouvel effort pour « me justifier » qu’un peu plus libre, j’ose le rêver.
      Salut et à la suite …

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