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J’arrive …

Vous rappelez-vous Brel ?

Allons, Paris, tiens-toi bien …

Je cite de mémoire…

C’est un fait, souvent celle-ci défaille.

Se souviendra-t-on encore dans quinze ans de ce vendredi 13 sanglant ?

J’ai recommencé à fumer. Ça n’a rien à voir avec le choc provoqué par l’actualité. C’était pour me récompenser d’une petite rentrée d’argent.

Je venais de boucler un petit contrat de numérisation du fonds de Lux Éditeur. Transposer La Mentalité américaine, de Howard Zinn, de LaTeX à ePub. Tout s’était bien passé, même si quelques « mystères » eurent à être résolus. J’avais pu rendre le produit final cinq jours avant l’échéance (je m’étais donné du lest: avec la rédaction du mémoire et un stage en enseignement du français, il fallait).

Depuis deux jours j’avais pu me remettre à la rédaction du mémoire. Je suis à analyser les éléments de culture numérique dans La Science des lichens de Mahigan Lepage. C’est un roman, de l’autofiction, comme on dit. Ça se passe à Paris. Un étudiant québécois en rédaction de thèse, loge à Paris dans une chambre exiguë d’un édifice où avait déjà vécu Descartes.  Mais, là encore, ça n’a rien à voir. Si ce n’est que j’avais recommencé à fumer, parce que je m’étais acheté un paquet des cigarettes pour me récompenser d’avoir terminé ce petit contrat, et que ça m’amenait à prendre des petites pauses supplémentaires, sur le balcon arrière de notre appartement au troisième étage. Alors, j’ai le temps de réfléchir un peu à une autre manière de rendre les idées.

Hier au cours des attentats, j’ai suivi assidûment les évènements. J’ai relayé l’information via Twitter. Le Bataclan, c’était d’abord quinze morts ; puis, suite à l’assaut des forces spéciales, c’était 100 😦 J’étais sans voix… J’ai transmis le nombre (qui allait être revu à la baisse, puis qui regrimperait…) et j’ai ajouté à #attentatsParis le hashtag #100voix. Vous comprenez bien que je faisais aussi références aux voix perdues (et pas uniquement, par homophonie, à ma gorge nouée). Et ça ne comptait pas les presque trente autres victimes déjà dénombrées. Je n’ai pas beaucoup fumé pendant ce temps-là. J’étais branché sur itélé.fr (@itele) et ce n’est que lorsque ma femme est rentrée avec mon fils, et que celui-ci a demandé à voir Sam le Pompier, que je suis allé décanter un peu toutes ces émotions. Par la suite, j’ai remplacé mon avatar par une image de gargouille contemplant Paris la larme à l’œil réalisée par G. Duguay, un montréalais (voir-l’image complète au bas du billet). C’était pas que par solidarité, dans la mesure où je suis Français par ma mère. Alors, je suis encore plus réceptif à la douleur des Parisiens en ce lendemain d’assauts revendiqués par Daesh.

Et, justement, ce matin, avec la peine languissante qui découle de ce genre de drame accrochée au cœur,  je fumais une cigarette. Et on a beau dire, on a la sensibilité à fleur de peau, et les éléments naturels de l’environnement, même en ville, revêtent un caractère plus symbolique qu’à l’habitude. Je regardais le décor des arbres qui sont une source d’apaisement car ils sont grands et assez nombreux à dépasser le toit des triplex de mon secteur du Sud-Ouest de Montréal. Ainsi, j’ai vu deux oiseaux qui sont passés au dessus-de moi, filant contre le vent qui souffle légèrement de l’Ouest.  Comme ils étaient très haut, leurs silhouettes étaient noires, car ils contrastaient, en contre-jour, avec la blancheur teintée de gris luminescent des nuages qui recouvrent le ciel en ce samedi 14, qui nous apporte les prémices de l’hiver. Pour cette raison, puisque je ne décelais pas la couleur de leur plumage, je me suis demandé s’il s’agissait d’hirondelles ou de pigeons. La forme de leurs ailes (que je pouvais bien voir se découper, car ils fendaient le vent en planant) me faisait penser à celle des hirondelles. J’ai pris un cliché mentalement quand ils sont passés juste au-dessus de ma tête. J’ai comparé avec les images emmagasinées dans ma mémoire, et j’ai réalisé que j’avais des souvenirs de silhouettes de pigeons qui avaient la même forme. Vue leur taille j’ai compris que c’était bien des pigeons. Ça m’a fait penser que les pigeons, dans le fond, peuvent être aussi gracieux et délicats que des hirondelles. Et puis les deux sont réputés pour être des messagers. On dit qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Pourtant, lorsque les hirondelles volent bas, on dit que cela annonce la venue d’un orage. En général, je suis moi-même peu superstitieux. Par contre, il m’est arrivé de sentir avec une puissance étonnante que des coïncidences sont porteuses de sens. De manière analogue, je suis parfois ému à la vue de simples volatiles, ces cousins du monde animal qui partagent aussi une origine commune avec les dinosaures, les oiseaux. C’est injustifiable rationnellement, mais je suis porté à m’imaginer que leur passage, leur apparition dans mon champ de vision, n’est pas dénué de signification.

J’étais à me dire qu’ils allaient dans la direction opposée aux attentats, lorsqu’une feuille, attachée jusqu’alors à un arbre mince et effilé, plutôt chétif, proche du balcon des voisins de gauche, s’est détachée et, alors que le vent s’était apaisé, a chuté, sans virevoleter,  à plat, ralentissant sa descente. C’était probablement la dernière attachée à cet arbre peu fourni de toute façon, et dont je ne connais pas l’essence.

On oublie aussi souvent de s’informer de l’essence des choses.

J’ai alors senti le besoin de présenter cette sensation de flottement, exprimant la tristesse de ce jour, et l’impression que les éléments parlaient un langage qui n’était pas sans rapport avec l’épreuve qui secoue la population de l’Ile-de-France. Nous communions du sein des observations les plus banales avec ce qui se joue de plus dramatique sur d’autres continents.

Voilà, tous ces détours pour introduire ces trois vers, dédiés aux Parisiens, en particulier aux morts et aux blessés, ainsi qu’aux familles et aux amis des victimes de ces attentats meurtriers.

Le peuplier élève mon regard
Deux pigeons filent vers l’amont du fleuve
Une feuille rousse choit en silence

J’arrive…

Pourquoi ce titre?

Peut-être parce que je voudrais bien pouvoir voler à tire-d’ailes vers cette ville si estimée et que j’aime. Alors, il faudrait interpréter les paroles de Brel, moins comme l’expression d’un défi, que comme un cri d’encouragement : « Tiens-toi bien… » au sens de « Tiens-bon! ».

Si je me rappelle bien, c’est la fin du couplet de Brel que j’ai commencé à citer, en ouverture de ce second billet de Fractions. Mais il se peut que j’aie la mémoire courte, et/ou que je n’emploie pas les termes exacts. D’ailleurs, d’abord et avant tout, plutôt que de ‘fin’, il conviendrait peut-être mieux de parler de suite.

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Gargouille de Notre-Dame-de-Paris, versant une larme en contemplant Paris endeuillée, suite aux attentats du 13 novembre 2015.

Mais, quel rapport avec les oiseaux ? C’est que les oiseaux que j’ai vus, filaient vers l’Ouest, puisque le fleuve, c’est le Saint-Laurent. Ils semblaient donc fuir les violences. En même temps ils filaient contre le vent. C’est dire que le vent soufflait vers Paris. J’imagine que je me suis dit que si j’étais un oiseau, j’aurais aimé avoir eu plutôt le réflexe de profiter de cette impulsion pour me rapprocher des personnes dont la vie venait d’être chamboulée, ou carrément fauchée. J’avais donc l’envie de croire que nous ne sommes pas impuissants. Alors, « J’arrive » c’est aussi dire ce que les mots peuvent mieux faire que moi face à la mort de mes compatriotes. Exprimer un désir. Parisiens, mes amis et mes frères, j’aimerais être auprès de vous pour soigner vos plaies, vous réconforter, vous communiquer la chaleur de ma solidarité.

Excusez-moi, je dois m’arrêter là, je viens d’entendre un petit « Papa ! » fuser hors de la chambre donnant sur le corridor. C’est mon fils qui vient de se réveiller de sa sieste.
Allez…

« J’arrive ! »

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Le concept d'un projet du Studio Magnussen : "Sphère publique - sphère privée"

Point de vue – un premier pas dans « Fixions »

J’ai un profil pas mal « portable » (au sens de « qui a beaucoup bougé » et qui est « mobilisable » pour de nouvelles transformations) : sciences, communications, philosophie, médiation culturelle, production de livrels, humanités numériques, engagement communautaire, écologisme et enseignement de la littérature… Ça fait – dans le désordre – beaucoup d’avenues empruntées (et j’en omets), poursuivies (pas toujours) et que je continue de tenter d’entretenir (dans certains cas) avec plus ou moins de succès, de sorte qu’il m’arrive de me sentir quelque peu égaré, et de douter de la cohérence de mon parcours…

On pourrait dire que mon cheminement est « atypique ». Mais mon cas devient quelque peu compréhensible (et pourrait devenir de plus en plus représentatif), dans la mesure où on considère les bouleversements que notre société « désorientée » traverse et les remises en question « existentielles » de plus en plus nombreuses et persistantes que ces turbulences provoquent. Si la culture et la communauté ne savent plus où donner de la tête, comment s’étonner que les « citoyens » ou les « membres » qui composent un « pays » (on sait qu’avec le Québec, cette question n’est pas réglée), ou une « nation » (et le statut de celle-ci est variable : pensez aussi aux Premières Nations… sans parler des Métis), s’engagent sur une multiplicité de sentiers au cours de leurs vies et présentent une feuille de route plus éclatée avec des détours plus nombreux que ceux qui caractérisaient les cheminements personnels et professionnels de leurs parents (c’est encore drôle : les hippies devenus fonctionnaires ou banquiers ne sont pas rares).

Or, j’arrive à une croisée des chemins, « jeune » papa, ayant enfin terminé la scolarité de maîtrise en littératures de langue française, sur le point d’entamer un stage en enseignement du français au collégial (avec des jeunes de 17-18 ans de la « couronne Nord » de Montréal – au CÉGEP Montmorency de Laval), je suis « producteur de livrels » à mon compte (c’est ce qui dit mon profil LinkedIn) pour Lux éditeur principalement, jusqu’à présent (suite à un stage en édition numérique réalisé chez cet éditeur québécois indépendant et engagé à l’automne 2014). Et, si je pourrais être la cible d’attaques du démon de midi vu mon âge bientôt respectable, je suis surtout la proie d’un désir persistant de déployer le « trésor inexploré » de ma créativité…
C’est un cliché, mais c’est une véritable question : devrais-je consacrer une partie de mon « précieux » temps (jusqu’à présent dévoué – ces six dernières années à tout le moins – à de multiples causes qui me tiennent à cœur, de la protection de l’environnement à la sensibilisation du public québécois à l’art autochtone en passant par les humanités numériques et les questions philosophiques associées à la généralisation de l’usage des nouvelles technologies) à l’expression de points de vue plus personnels sur le monde, la vie et le soi (individuel et collectif) qui requièrent peut-être que j’emploie les ressources de l’art, à commencer par l’écriture littéraire ?
Ce questionnement m’occupera encore longuement, je crois. Par conséquent, ce serait illusoire de penser que je parviendrai à résoudre les dilemmes qui y sont associés, simplement en tentant d’extérioriser les enjeux par la rédaction d’un billet. Et j’espère que cette section sera le témoin d’une évolution sensible de ma réflexion à ce sujet.
En effet, j’en profite – puisque cette question-projet me travaillera désormais de manière « durable » – pour fonder une nouvelle catégorie sur ce blogue, que j’avais l’intention d’ouvrir depuis longtemps, et qui s’appellera « Fixions« . Évidemment, ceci se veut une référence (homophonie) à la « littérature » dont on résume souvent la signification à sa dimension « fictionnelle ». Alors, en quoi les « fixions » différeront-elles de « fictions » conventionnelles ?
Je ne peux le prédire d’emblée.
Mais la racine du nom de cette nouvelle catégorie de billets, évoquant (comme les précédentes d’ailleurs) quelque chose comme un nouveau « genre » littéraire, étant le verbe « fixer »… on peut entendre dans ce choix de graphie légèrement en rupture avec l’orthographe du terme usuel (ce qui est cohérent avec la ligne éditoriale de ce blogue, inscrite en son nom même, Ruptare), la volonté de souligner le caractère artisanal du fait de produire une œuvre d’art. Du moins est-ce le cas, si l’on admet qu’à cette fin (afin de créer une « œuvre originale qui se tient ») on doit se doter d’un point d’appui, avoir un système de références, quitte à le construire de toutes pièces (le plus souvent en récupérant des matériaux empruntés à l’environnement), pour pouvoir déployer une toile, délier un fil narratif, mettre en images une scénario… Comme on le dit en BD, on se dote de planches, pour asseoir les idées artistiques que l’on étalera dans les pages de livres imprimés (et désormais aussi numériques) pour le plus grand plaisir des lecteurs, amateurs du genre. Mais un point de vue est forcément quelque chose qui requiert une prise de recul, une circonscription de l’objectif, à partir de la définition d’une perspective. C’est l’optique dans laquelle elle a été conçue qui fait l’unité de la planche, pas ses limites physiques, qui n’ont plus guère de sens en contexte numérique.
Mais ne nions pas l’importance du support. Elle est tout aussi fondamentale en musique, où l’on adopte certes une approche esthétique, mais où on doit aussi se doter d’un canevas, afin de pouvoir intégrer les différents lignes mélodiques et structures rythmiques dans une forme englobante, que tissent les différents « phrasés ». Tous les discours artistiques qui occupent un certain espace (imaginaire), y compris ceux qui se déploient davantage sur le plan auditif (et qui ont donc davantage trait au temps que les arts visuels), même dans les genres improvisés comme le jazz ou la performance ont recours à une architecture au moins implicite, reposant sur des matériaux structurants tels des accords, des lignes harmoniques, brefs des éléments susceptibles d’être reconnus,  ce qui équivaut à se munir d’une grammaire. Ce qui est compréhensible parce que chacune a besoin d’un code pour communiquer. Un artiste a beau être génial il ne saurait être entendu s’il ne développait une voix narrative pour élaborer un propos qui puisse être interprété serait-ce à toute vitesse... tel une esquisse !
Évidemment, je résume à gros traits. Mais c’est cet aspect forcément « fabriqué » de l’art, sa dimension technique, que je souligne par la condensation de la fonction de la création dans ce ‘x’ qui se substitue au ‘ct’ central dans « fictions ».
Et il est permis d’y lire également un clin d’œil à l’implication numérique de cette dimension artisanale de toute création littéraire et autre (a fortiori hybride ou transmédiale), soit à la composante de langage de balisage (comme le XML ou ses dérivés comme le sont les langages SGML et les autres formats de documents structurés comme le XHTML) qui se rapproche de la programmation, notamment depuis l’inclusion du Javascript dans le HTML5 et du HTML5 dans l’EPUB (avec l’établissement de la norme EPUB 3).
Finalement, tout est-il une question de conventions? Je ne saurais m’y résoudre. Mais je suis bien forcé de reconnaître que l’interprétation demeure le passage obligé du sens… ce qui n’enlève rien au fait que l’auteur(e) et ses lectrices et lecteurs sont libres de confectionner le point de vue à partir duquel ils/elles engageront leur conversation. Et, par ce motif, ils/elles se définissent comme sujets d’un regard (ce qui les construit en partie).
C’est donc en tant que pseudo-pionnier d’un « nouveau territoire » – qui s’instaure (cybernétiquement) sous les pas qu’il rend possible – que je m’efforce d’avancer dans une direction (que je tenterai de cartographier au fur et à mesure). Mais je suis convaincu que, quelle que soit l’issue de cette échappée, ce sera des questions suscitées par ces propositions (sous-tendues par les « pas/explorations » que constituent ces billets) qu’émaneront les véritables (opportunités de) renouvellements de perspectives 🙂

À vous de jouer, alors… Faites vos propres découvertes et tentons de fusionner, serait-ce imparfaitement, nos horizons !

Le concept d'un projet du Studio Magnussen :
Sphère publique – sphère privée (développement du concept d’un projet de design par deux membres du Studio Magnussen)

L’image en tête de cet article est un recadrage du plan présentant le développement du concept du projet Sphère publique – sphère privée par Jérémy et R. Thibeau pour le Studio Magnussen (tous droits réservés) http://arpc167.epfl.ch/alice/WP_2011_S3/magnussen/archives/3018

Stiegler et Bauwens : vers une économie du partage

Pour la transition vers une économie du partage de la connaissance et des biens communs

Rencontre publique avec Bernard Stiegler et Michel Bauwens

Stigler-Bauwens_ecotran14
Bernard Stiegler et Michel Bauwens sont bien parvenus à exposer l’état de leur réflexion et les projets en cours pour mener à bien cette transition

Source: http://polemictweet.com/pour-la-transition-une-conomie-du-partage-de-la-connaissance-et-des-biens-communs/polemicaltimeline.php#t=3219.5

Retranscription des présentations et des échanges ayant eu lieu le 16 septembre 2014, de 18:00 à 20:30 à la Petite Salle du Centre Pompidou à Paris
Notez que la retranscription qui suit n’est pas absolument intégrale et exacte. Elle s’est faite au fil de l’écoute. De plus en écoutant les conférenciers vous pourrez observer les remarques que leurs propos ont suscité dans le volet latéral gauche si vous sélectionnez “annotations”.

Introduction

par Lionel Maurel (@Calimaq), auteur des Éclats de S.I.Lex – Sciences Info Lex). spécialistes des questions de droit en rapport avec les sciences de l’information.

Présentation des Intervenants

Par Louise Merzeau (une référence incontournable pour penser l’identité en rapport à la mémoire à l’époque du numérique)

Michel Bauwens

Théoricien du Pair à pair, il a contribué à la mise sur pied de la fondation P2P (P2P Foundation) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Bauwens

B. Stiegler

Philosophe, Ars industrialis

Fondateur de l’Iri (et en ce sens rend possible les séminaires “Écriture numérique et éditorialisation” co-organisés par Sens Public et l’Université de Montréal).

Articuler les pratiques de connaissance : organologie.

A été directeur de l’IRCAM et à la direction de la recherche pour l’IRA ?

Rapprochement avec les Humanités numériques

Ces préoccupations convergent vers les Digital Studies qui se préoccupent des orientations du savoir en rapport avec la transformation de notre rapport au temps par la technique.

Un postulat : rôle fondamental de la technique dans le processus d’hominisation.

Rapport avec l’Équateur où une expérience est tentée dans le sens d’une économie contributive.

Explication du fonctionnement du dispositif Polemic Tweet

Avec le mécanisme ligne de temps : PolemicTweet. #ecotrans14

On peut catégoriser nos tweets

++ D’accord

– – Désaccord

= = Référence

?? Questions

Parole donnée à Michel Bauwens, fondation P2P.

Michel Bauwens

Que font les civilisations qui sont face à des crises de ressources dans le passé (empire romain)?

1. Solidariser mutualisation des connaissances

2. Mutualisation des ressources (poids très léger au niveau de l’immatériel)

3. Mondialisation de l’économie

Aujourd’hui on constate l’équivalent : hackerspaces (1), fablabs (2), RB&B, le lourd se fait dans le local par des micro-usines alors que et les connaissances se font transmettre par les réseaux de partage.

Dans un objet 45% c’est de la dette, 33% c’est le transport. Donc on est en déroute économiquement mais on sait pourquoi.

Le coût des brevets, des droits de propriété intellectuelle représentent une autre opportunité d’économiser des coûts, de l’ordre de 1/8.

Lire le fair-use economy record.

C’est déjà une économie très développée l’économie contributive. 1/6 du GVP

On croit que le privé crée la valeur que l’état redistribue et le public ne sert à rien.

Mais dans ces pratiques d’économie ouverte, on crée et produit des connaissances par et pour les communs.

Exemple, pour l’énergie éolienne et solaire. Aujourd’hui en Allemagne 6% des énergies renouvelables sont le fait de groupes industriels, tout le reste est le fait de coopératives de développement économique.

Alors on a une communauté qui crée de la valeur dans les communs.

2è aspect : on a des coalitions entrepreneuriales (ex. Linux)

3è : Des associations non capitalises qui protègent la viabilité des activités de ces groupes.
Cela préfigure ce que pourrait une économie contributive.

Mais il faut changer des choses, car aujourd’hui l’économie des communs est captée par l’économie capitaliste. On a un phénomène de communisme cybernétique qui n’est pas auto-suffisant économiquement.

Ex. Facebook:

Toute la valeur d’échange est récupéré par la compagnie privée qui vend notre attention.

L’économie éthique supposerait une autre dynamique, car en ce moment il y a une contradiction. La licence est aux frais de la communauté et les entreprises privées en bénéficient sans réciprocité.

Michel BauwensImportance de réintroduire une réciprocité au niveau des échages économiques
Michel Bauwens souligne l’importance de réintroduire une réciprocité au niveau des échanges économiques pour que tous aient accès à la connaissance et à ses bienfaits

La clé c’est l’accès à la littérature scientifique : Lorsqu’on n’est pas chercheur (80% des gens au moins) n’ont pas accès aux contenus de connaissance. Et pareil pour l’éducation en pays pauvres. Peu de moyens de se procurer des outils performants. Alors que si avait des microscopes électroniques ouverts, des calorimètres ouverts, des colorimètres ouverts…

On pourrait en faire profiter tout le monde. L’accès à l’éducation et à la formation est le moteur du changement.

L’autre clé c’est l’Open value accounting. C’est un système qui permet de valoriser les contributions. Quand il y a du travail payant ce n’est pas uniquement les personnes qui font le travail sont rétribués car ils dependent de la dynamique générée par l’ensemble des travailleurs.

Ce sont des conditions immatérielles.

Pour être honnête le projet de la Gorilla Foundation qui a tenté d’appliquer ces approches n’a eu qu’un succès relatif.

Idéalement l’Équateur devait appliquer des stratégies similaires et en convenir lors d’un sommet. Mais des partenaires continueront de mettre en place un projet pilote. Mais Michel Bauwens et son équipe ont quand même réussi à faire en sorte que sont mis en place un programme intégré de réflexion sur les communs, et une transition vers les communs est officiellement amorcée. Et la transition continue en suscitant l’engouement ailleurs. Des sociétés des transports, des sociétés des eaux, à Barcelone, à Lisbonne, ailleurs.

On voit qu’il y a un processus de déprolétarisation qui est en train de se mettre en place.

_zazieweb a alors tweeté ceci, illustrant ce qui s’est fait à Barcelone :

Pour mémoire #fab10 From Fab Labs to Fab Cities https://t.co/yWgt8m0dMN #ecotrans14

Comment le processus de déprolétarisation passe par la mutualisation des connaissances et des ressources
Comment le processus de déprolétarisation passe par la mutualisation des connaissances et des ressources

Il y a un potentiel de créer une dynamique autour des communs.

Il n’y a pas que le privé et l’État. Il y a aussi les communs.

On doit viser un système ternaire où on peut être plus créatif au niveau des solutions politiques et sociales.

Cela est un reflet des projets de mutualisation de la connaissance, des infrastructures et de réinvention des communs au niveau de l’économie locale (nourriture, services financiers, etc.).

Bernard Stiegler

Il propose de parler de post-consummérisme plutôt que postcapitaliste.

Il remonte à la critique du taylorisme par Staline, mais il faut voir que c’est le modèle que l’URSS a adopté ensuite.

Le modèle consummériste est taylorien et keynésien et constitue un consensus social qu’on appelle le compromis fordiste (ce devrait être le compromis keynésien).

On devrait avoir trois chercheurs Un australien, deux italiens, et deux mexicaines. Eux aussi à Arsindustrialis sont en discussion avec l’Équateur.
Si l’Iri met en place une plateforme à Quito (où se construit un cluster de connaissances-production), et à Wataï, c’est que le ministre Ramirez mise sur l’économie sociale de la connaissance.

On devrait stimuler la multiplication des initiatives allant en ce sens.

Concernant les entretiens du Nouveau Monde Industriel, portant sur la ‟ vérité ” du numérique (enseignement et la recherche à l’époque des technologies du numérique (ou de l’algorithme)).

Nous sommes des industrialistes, mais nous croyons qu’il faut inventer une autre économie industrielle.

Cela passe par un processus de déprolétarisation, qui implique de mettre fin à l’emploi salarié.

Comme le dit un twitteur : « L’économie sociale de la connaissance est un open access intégral mis au cœur de la vie citoyenne… ”

Les choses bougent même si c’est difficile de parler de cela en France. Un réseau s’est mis sur pied. Le Digital StudiesNetwork / Réseau des études numériques

Ce n’est pas uniquement une mise en commun des connaissances. Car Google est un participant à l’économie de contribution. Mais elles sont hypertoxiques. Et il faut étudier en quoi elles induisent des effets dommageables. L’idée de parler de ce réseau est de développer sur l’organologie générale des savoirs.

L’idée en marche est de créer un laboratoire à Quito qui soit le coeur de ce réseau. L’avant-poste.

La technologie numérique rend possible un réarmement (comme on dit réarmer un bateau) des savoir-faire, des savoir vivre et des savoir concevoir et réaliser.

Il s’agit d’intervenir sur tous les fronts alors que toutes les formes de savoir ont été prolétarisées.

Ce n’est pas moi qui ai produit le comportement que j’adopte. Les conduites ont été prolétarisées vidées de leur valeur de lien.

Les savoirs théoriques sont aussi en cours de déprolétarisés.

Le premier à avoir contredit cette idée que les data theorists étaient les seuls penseurs nécessaires et que les ordinateurs se chargeraient des calculs, c’est Alan Greenspan.

Le problème est qu’on s’est dépêché de faire dépendre nos décisions d’algorithmes qui calculent très vite, mais sans encadrer leur application par une critique, soit une théorie économique validée par le jugement humain (à travers des processus de délibération collective).

En Équateur, 25% de la population n’a pas accès à Internet. Mais c’est un avantage au sens où une bonne part de ce que le web fait a été de dévoyer les potentialités de la connectivité.

On cherche un modèle différent des MOOCS, pour le partage des connaissances. Pour mettre en place ce genre de choses, il faut avoir une très grande ambition. Car pour mettre en place des modèles de ce genre il faut non seulement mettre en place des modèles alternatifs dans le web, mais des modèles alternatifs au web lui-même.

Certaines plaident pour une constitution à inclure dans le web du même. Très sérieusement il s’agirait de concevoir une éthique de l’application des algorithmes. Et de leur conception…

L’équateur est pris dans la transition et cela n’est pas facile.

Plusieurs universités sont en train de se construire, dont une en Amazonie. Mais ces projets doivent mettre en place dès le départ des protocoles d’éditorialisation qui rompent avec les pratiques traditionnelles. Ici, dans la ‟ Vieille Europe ”, on voit que des résistances sont très fortes et parfois cela se justifie.

Il y a beaucoup à faire en Équateur et on peut innover [cela me rappelle Rousseau qui voulait créer un projet de constitution pour la Corse (Note du transcripteur)]

PolemicTweet est un exemple, c’est une tentative de mettre en place une traçabilité des controverses politiques et scientifiques afin que l’on donne un relief herméneutique et critique au web que les stratégies de marketing tendent à rendre poli et lisse.

Pourquoi parler de tout ça? Parce que ce qui est important c’est la transition.

En Équateur il y a des forces qui voudraient se plier au modèle Obama et d’autres forces qui sont plus intéressantes.

Ars Industrialis croit que l’automatisation, à brève échéance, l’automatisation va se généraliser. Un article avait paru en Belgique. Il était une lecture d’études d’Oxford. La projection parle de 50% d’employés en moins. Or nos économies sont basées par cette idée d’emploi salarié (pour préserver le pouvoir d’achat). C’est ça qui constitue le programme de la social-démocratie. Le président croit qu’il peut retourner la courbe du chômage.

C’est la production d’externalités positives qui va devenir le moteur de l’économie. Ceux qui la créent doivent être rétribués.

Ils pensent que demain, le statut des intermittents du spectacle, qui est très spécial en France, qui à partir du moment où ils contribuent à une certaine hauteur sont considérés comme étant des créateurs de valeurs qui doivent être rémunérés pour cela. Ils poussent pour un droit à l’expérimentation afin de constituer des territoires qui sont outillés avec des technologies d’économie contributive.
Si nous voulons développer pouvoir expérimenter et en particulier avec la jeunesse des revenus contributifs de ce type, cela suppose de créer des instances contributives du savoir. Sinon, on les envoie au supermarché, ou ailleurs.

La question est de créer des externalités territoriales pour donner l’opportunité à tous les jeunes de travailler de la façon des intermittents du spectacle, où lors qu’ils ne sont pas en production, ils sont bien encadrés pour recevoir des formations les préparant à produire de manière plus créative.

Si vous voulez voir l’ensemble des présentations, avant de lire la retranscription de la période de questions et réponses, cliquez sur l’image:

Bernard Stiegler et Michel Bauwens répondent aux questions du public
Bernard Stiegler et Michel Bauwens répondent aux questions du public

Cela vous permettra aussi de lire les « annotations » (2è volet à gauche du vidéo).

Vous pouvez aussi continuer à lire les échanges qui ont suivi les présentations (fort intéressants) en cliquant sur ce lien de suite du billet.
Merci pour votre intérêt !
Lire la suite

Deux signes, est-ce que ça fait un sens?

J’ai été frappé par deux articles dans l’édition du Devoir de ce matin, lendemain de la fête du travail au Québec.
Primo, une annonce concernant la création d’une chaire de philosophie nommée Ésope, dirigée par Frédéric Bouchard, ayant étudié la philosophie, en rapport avec l’esthétique, comme moi, mais du point de vue de la philosophie des sciences et particulièrement de la biologie (alors que je le faisais plutôt du point de vue de l’histoire des idées et de la critique littéraire).

Secundo, le fait qu’un professeur au collégial, Mathieu Bélisle, soit l’auteur de l’article paru dans la revue L’Inconvénient, et repris dans la section « Des idées en revue » (du Devoir), pour poser la question du « Nous » dont il se demande s’il est encore possible de prononcer cette expression sans qu’elle ne soit vide de sens « Peut-on encore dire « nous »? ».

Représentation d'Ésope, fameux auteur des fables et contes animaliers qui ont inspiré Jean de La Fontaine
Représentation d’Ésope, fameux auteur des fables et contes animaliers qui ont inspiré Jean de La Fontaine

Si je range ce billet dans une nouvelle section que j’appellerai « Fractions » (Aucun titre n’est parfait. Celui-ci peut paraître froid, si l’on songe uniquement à la dimension mathématique – à laquelle renvoyait déjà Facteurs – mais c’est aussi une référence plus directe à la réalité du numérique qui donne une place de premier plan aux fragments et qui favorise les « factions »… C’est un peu tout cela que j’ai voulu rassembler dans ce mot), c’est que je ne prétends pas avoir résolu quoi que ce soit en identifiant certains points « positifs » pour moi dans cette nouvelle et cette lettre d’opinion. Ce sont donc deux articles intéressants, pour moi. Mais « pour nous » quel est leur intérêt? Et comment peuvent-ils m’interpeller s’ils ne vous touchent pas également?
La problématique me semble bien exprimée par la conclusion de l’article de M. Bélisle.

Descombes nous invite à prendre conscience des limites de telles conceptions [multiculturalisme, pluralisme individualiste libéral] qui, en exerçant sur les individus la contrainte la plus faible possible et en se contentant d’une adhésion minimale, négligent une réalité toute simple, à savoir : que chaque société, qu’elle soit ancienne ou moderne, doit pouvoir se représenter elle-même comme à la fois fermée et ouverte, à défaut de quoi l’emploi du « nous » est sans objet.

Sur ce, bonne suite…

 

Quand les moyens se bousculent aux portes d’un monde sans but

Ce soir aura (avait – YÉÉÉÉÉÉÉ – les HABS ONT GAGNÉ !!!!) [Ceci est une version mise à jour (16 mai – retouchée du 19 mai)] lieu le 7è et ultime affrontement entre les Bruins de Boston et le Canadien de Montréal.
« Ultime » car l’issue du match (de hockey) déterminera laquelle des deux équipes de la LNH accèdera à la troisième ronde des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.
La référence à l’actualité sportive me permet d’introduire par le biais du « filet » (nom qu’on donne par un détour métonymique aux actions qui sont récompensées par un point) l’interrogation sur la finalité (le but) évoquée par le titre qui semble présupposer que l’existence serait absurde.

Mais ce qui est insensé, ce n’est pas que le but ne soit pas déterminé au départ. Après tout, cela ne ferait que signifier que nous sommes plus libres que nous le croyons, lorsque nous pensons que « toute chose a une fin »… Je sais, je confonds deux sens du mot « fin » et il y a un troisième qui renvoie à la délicatesse d’imagination ou de goût, dont Hume parlait (du temps où je le lisais). Non, ce qui n’est vraiment « pas fin », c’est que la planète ressemble à un grand cimetière à appareils électroménagers. On nous a tant fait miroiter que le rêve c’était d’avoir tout facilement exécutable par des machines, qu’on en est venu à dépendre de ces instruments (ou d’autres, analogues, de plus en plus miniatures) pour se brosser les dents, puis pour prendre notre pouls, puis pour nous rappeler de nous lever de notre chaise afin de nous dégourdir les jambes avant qu’elles ne soient envahies de fourmis.

Notre fascination pour les moyens, à force de donner lieu à des inventions qui reposent sur une technicisation de plus en plus sophistiquée, en particulier avec les nouvelles technologies de l’information et des communication (les NTICs – qui ont été célébrées comme une boite à outils pouvant conduire à résoudre toutes nos difficultés, par certains, puis décriées comme une menace pour le maintien de l’intégrité de l’espère humaine, par d’autres), s’est transformée en un regard sur nous-mêmes qui nous amène à nous dénigrer. En un sens, c’est un changement dont on peut voir le côté « positif ». Ça veut dire que nous sommes conscients de ceci : remettre ce qui fait la valeur de notre présence sur terre entre les mains des machines n’a pas de bon sens!
Pourtant, comment en irait-il autrement à partir du moment où on en reconnaît la supériorité sur des points aussi fondamentaux que l’intelligence et la sensibilité? Je ne dis pas que tout le monde le croit, mais plusieurs doutent qu’on puisse démontrer le contraire.
Admettre que, même si c’est inévitable et inacceptable, nous sommes devenus esclaves de notre besoin de confort qui nous fait dépendre d’ « expédients » en tous genres (des « raccourcis » qui rallongent notre chemin vers le bonheur en nous faisant prendre des détours qui compliquent le parcours), est-ce une manière de nous déresponsabiliser en rejetant la faute de notre incapacité à accomplir clairement quelque chose sur le fait que nous soyons finalement des êtres « marginalisés par notre impuissance à rivaliser avec nos inventions »? Ou alors, est-ce encore une manière de nous disculper de notre impuissance à être heureux, mais pour une autre raison (un prétexte, évidemment) : en blâmant la conjoncture historique qui nous a fait naître précisément à l’époque où le progrès allait donner lieu à une gadgétisation à outrance faisant concurrence aux valeurs les plus fondamentales, qui semblent perdre le combat de la popularité? Peut-être, peut-être bien dans les deux cas. Mais non !… Ou, en tous cas, pas nécessairement.
La lucidité croissante par rapport à l’envahissement de notre environnement par les petits et grands artéfacts plus ou moins coûteux à démanteler (pour en disposer de manière écologique au terme de leur cycle de vie), ne peut pas être vue comme une destitution de notre socle de sommet de la création (comme le voulait la vision anthropocentriste issue du credo catholique en la proposition biblique suivant laquelle : « Dieu créa l’homme à son image », mais qui fut sécularisée avec l’idée de Progrès suivant le siècle des « Lumières »), ou une « défaite » (une « excuse ») prétextant du hasard de l’histoire et des contingences qui en font inévitablement partie pour nous délester de notre responsabilité. Ce serait trop facile. Ce serait éluder la question de notre faible capacité à comprendre les impacts de nos décisions, et à en assumer les conséquences. Et cela n’est pas acceptable. Du moins je refuse de m’y résigner sciemment et volontairement. Car on ne peut pas nier que ce soit difficile pour nous d’arriver à atteindre des objectifs (être heureux) avec efficacité (sans détour fallacieux). Mais c’est en reconnaissant qu’il s’agit d’un défi qu’on se donne une chance de comprendre pourquoi c’est si « compliqué ». Cette interrogation serait, selon moi, salutaire, si elle était menée à son terme, même si elle nous met devant l’obligation de différer les décisions définitives. Il est vrai que cela peut avoir un effet déprimant pour certains esprits férus d’action (assoiffés de félicité).

D’un autre côté, pour nous en tenir à un exemple où l’enjeu est environnemental, la reconnaissance du fait que les ressources soient limitées et qu’il faudrait inclure le coût des externalités dans le coût de production (la compagnie devrait compenser la collectivités pour la pollution qu’elle risque d’émettre – ce qui rendrait le prix des produits plus élevé dans le cas de ceux qui polluent davantage, même si on a pris toutes les précautions) tout cela mène à cette idée de pression exercée par (ou, d’un autre point de vue sur) les candidats à la mise en oeuvre de ces grandes solutions. Je m’explique sur la possible interversion des prépositions « par » et « sur ». Elle tient au fait que les « candidats » à la mise en oeuvre peuvent être vus comme étant les corporations qui peuvent agir et qui ne le veulent pas ou comme les « acteurs » qui mettent de l’avant ces solutions mais ne sont pas en position de les appliquer. En effet, les grandes compagnies sont ces « candidats », en un premier sens (et c’est le « par » qui s’impose alors dans la proposition problématique), car elles peuvent agir et faire une différence. Mais comme ce n’est pas dans leur intérêt immédiat elles résistent plutôt au changement et exercent une pression en retour « sur » les autres candidats à la mise en oeuvre de ces solutions, soit celles et ceux qui en ont eu l’idée. Du coup, c’est « par » elles, via les lobbies puissants qui les représentent, que la pression est exercée.

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À masques découverts

L’alampe

Je réalise que j’ai omis de mentionner deux des notions qui sont ressorties de la causerie de mercredi – sujet de mon premier billet (qui greffait à la description de l’évènement quelques références et des allusions au temps qu’il faisait en cette soirée de Printemps). Il s’agit des idées de virus et d’élan

Des concepts comme des points d’appui qui nous laissent pantois

La première fut utilisée par Marcello Vitali Rosati pour qualifier l’effet du langage sur notre rapport à la réalité (car les mots auraient un effet démultiplicateur, à l’image des cellules qui composent notre corps – d’où le lien avec la pensée d’Ollivier Dyens relativement à la continuité entre inorganique et organique). La seconde (élan) fut employée, cette fois, par Ollivier Dyens (OD) pour qualifier le mouvement qui pousse les lecteurs à s’engager dans un rôle plus actif pour contribuer à la conversation qui se trame sur le web, entraînant une remise en question du statut d’autorité traditionnellement associé à la figure de l’auteur. Ce principe démocratique de structuration de la Toile (c’est ce que signifie web en anglais) n’est pas sans analogie avec la notion de stigmergie, qu’OD illustrait dans son livre (et lors de la causerie, MVR s’est chargé de nous l’expliquer) par la façon dont la toile de l’araignée se construit. D’ailleurs, OD a aussi utilisé cette notion d’élan pour exprimer la manière dont il envisageait que pouvait se faire le lien entre la discontinuité des organes composant nos corps et la spécificité des comportements témoignant de la présence d’une conscience. Même s’il a bien exprimé ne pas croire en l’existence séparée d’une âme de quelque façon que ce soit. Pour revenir à la question que j’attribue à Laurent Lavoie (voyez dans le récit de la soirée comment je l’ai rencontré suite à la causerie), elle portait sur les implications de l’adoption d’une posture nominaliste et strictement déterministe à la manière d’OD (je ne suis pas sûr qu’OD serait d’accord). Il lui faisait remarquer (en d’autres termes) que si on rejette la souveraineté de l’esprit sur le corps et que l’on refuse à l’âme le pouvoir de gouverner les passions, on devient impuissants face a l’immoralisme. Les tenants de la permission d’abuser des autres pourraient se justifier de cette philosophie physiciste pour dénoncer tout effort visant à endiguer les pratiques égoïstes, cautionnant donc dangereusement le rejet des responsabilités et du libre arbitre qui lui est associé. Si OD n’a pas cédé sur le point de la réduction de la conscience à une « propriété émergente », il s’est montré rassurant quant à sa volonté de préserver les principes de l’éthique. Et il a voulu nous démontrer son optimisme à ce niveau, exprimant que si on refusait d’envisager qu’il y a une communauté de « nature » (ou une continuité) entre les animaux et les humains et même entre la matière inerte et le vivant, on se priverait de la possibilité de penser que les beautés de l’art peuvent être attribuables à des conditions qui sont dans la nature. Pour résumer son point de vue à nouveau, il est irrationnel de croire que les réalisations supérieures comme la morale ou l’art sont le fruit de la volonté des agents. On doit apprendre à se placer d’un point de vue détaché pour examiner les rouages de l’univers. Mais on est toujours pris avec un dilemme : vers où orienter l’alampe ?

La logique ébranlée par les conséquences incohérentes de catastrophes proches et lointaines

Car si les malheurs ne sont pas rares dans ce monde et même si on refuse de croire aux miracles, il n’en demeure pas moins que des situations incroyables se produisent bel et bien, souvent lors de catastrophes, évidemment. Voici un exemple illustrant ce que je veux dire (illustrer, une autre des fonctions de l’alampe): Une femme retrouve son chien pendant une interview (Tornade d’Oklahoma) La journaliste demande à la vieille dame : « vous étiez étendue là, parmi les débris ? ». Elle répond : « oui ». La maison et tout le quartier avaient été emportés d’un coup par les tornades qui ont frappé les États-Unis (la ville de Moore, aux abords d’Oklahoma City) cette fin de semaine. Et la vieille dame fait preuve de philosophie lorsque la journaliste lui demande comment elle se sent face à cette éradication de son quartier. Elle répondit, en effet, que « C’est la vie dans la ville ». C’est une région susceptible d’être frappée par les ouragans. Elle avait donc planifié de s’enfermer dans la salle de bains si une alerte était déclenchée… Elle avait son petit chien dans les bras quand c’est arrivé. Elle sentit son banc se soulever, et elle a roulé. Elle n’a jamais perdu conscience et quand elle a ouvert les yeux, il y avait le ciel au-dessus d’elle… et la lumière. Elle a remercié Dieu d’avoir exaucé la première de ses prières. Mais son chien (objet de la seconde) avait disparu. Au moment où l’entrevue atteint ce point. Une personne de l’équipe de journalistes remarque que le chien se trouve juste là. Il n’a rien eu non plus. Est-ce la bienveillance divine qui a protégé ces deux êtres vivants face à la destruction des éléments qui n’a épargné ni béton, ni bois, ni métal ni brique ? Le bilan, en termes de victimes humaines, de la destruction de cette banlieue de la métropole de l’Oklahoma, état situé dans le Centre-Sud des États-Unis, a été revu à la baisse mercredi, et se chiffrerait à 64 personnes décédées et 4 disparus. [D’autres sources parlent plutôt de 24 morts, incluant 9 (ou 7? ou 10?) enfants]. Sur plus de 40 000 personnes résidant dans ce secteur gravement dévasté, cela fait bien peu. Même si c’est toujours trop, on s’en réjouit. Évidemment quand on pense aux plus de 1000 victimes de l’effondrement d’un seul immeuble au Bengladesh, la disproportion semble incompréhensible. Et encore là il y a avait eu un cas de « miraculée ». Reshma a survécu pendant 17 jours avec 4 biscuits et de l’eau de pluie. Ces histoires de survivants à des catastrophes nous touchent car elles rejoignent la question de l’espoir. Mais on peut les interpréter différemment, selon qu’on est croyant ou pas. Lire la suite