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Quand les moyens se bousculent aux portes d’un monde sans but

Ce soir aura (avait – YÉÉÉÉÉÉÉ – les HABS ONT GAGNÉ !!!!) [Ceci est une version mise à jour (16 mai – retouchée du 19 mai)] lieu le 7è et ultime affrontement entre les Bruins de Boston et le Canadien de Montréal.
« Ultime » car l’issue du match (de hockey) déterminera laquelle des deux équipes de la LNH accèdera à la troisième ronde des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.
La référence à l’actualité sportive me permet d’introduire par le biais du « filet » (nom qu’on donne par un détour métonymique aux actions qui sont récompensées par un point) l’interrogation sur la finalité (le but) évoquée par le titre qui semble présupposer que l’existence serait absurde.

Mais ce qui est insensé, ce n’est pas que le but ne soit pas déterminé au départ. Après tout, cela ne ferait que signifier que nous sommes plus libres que nous le croyons, lorsque nous pensons que « toute chose a une fin »… Je sais, je confonds deux sens du mot « fin » et il y a un troisième qui renvoie à la délicatesse d’imagination ou de goût, dont Hume parlait (du temps où je le lisais). Non, ce qui n’est vraiment « pas fin », c’est que la planète ressemble à un grand cimetière à appareils électroménagers. On nous a tant fait miroiter que le rêve c’était d’avoir tout facilement exécutable par des machines, qu’on en est venu à dépendre de ces instruments (ou d’autres, analogues, de plus en plus miniatures) pour se brosser les dents, puis pour prendre notre pouls, puis pour nous rappeler de nous lever de notre chaise afin de nous dégourdir les jambes avant qu’elles ne soient envahies de fourmis.

Notre fascination pour les moyens, à force de donner lieu à des inventions qui reposent sur une technicisation de plus en plus sophistiquée, en particulier avec les nouvelles technologies de l’information et des communication (les NTICs – qui ont été célébrées comme une boite à outils pouvant conduire à résoudre toutes nos difficultés, par certains, puis décriées comme une menace pour le maintien de l’intégrité de l’espère humaine, par d’autres), s’est transformée en un regard sur nous-mêmes qui nous amène à nous dénigrer. En un sens, c’est un changement dont on peut voir le côté « positif ». Ça veut dire que nous sommes conscients de ceci : remettre ce qui fait la valeur de notre présence sur terre entre les mains des machines n’a pas de bon sens!
Pourtant, comment en irait-il autrement à partir du moment où on en reconnaît la supériorité sur des points aussi fondamentaux que l’intelligence et la sensibilité? Je ne dis pas que tout le monde le croit, mais plusieurs doutent qu’on puisse démontrer le contraire.
Admettre que, même si c’est inévitable et inacceptable, nous sommes devenus esclaves de notre besoin de confort qui nous fait dépendre d’ « expédients » en tous genres (des « raccourcis » qui rallongent notre chemin vers le bonheur en nous faisant prendre des détours qui compliquent le parcours), est-ce une manière de nous déresponsabiliser en rejetant la faute de notre incapacité à accomplir clairement quelque chose sur le fait que nous soyons finalement des êtres « marginalisés par notre impuissance à rivaliser avec nos inventions »? Ou alors, est-ce encore une manière de nous disculper de notre impuissance à être heureux, mais pour une autre raison (un prétexte, évidemment) : en blâmant la conjoncture historique qui nous a fait naître précisément à l’époque où le progrès allait donner lieu à une gadgétisation à outrance faisant concurrence aux valeurs les plus fondamentales, qui semblent perdre le combat de la popularité? Peut-être, peut-être bien dans les deux cas. Mais non !… Ou, en tous cas, pas nécessairement.
La lucidité croissante par rapport à l’envahissement de notre environnement par les petits et grands artéfacts plus ou moins coûteux à démanteler (pour en disposer de manière écologique au terme de leur cycle de vie), ne peut pas être vue comme une destitution de notre socle de sommet de la création (comme le voulait la vision anthropocentriste issue du credo catholique en la proposition biblique suivant laquelle : « Dieu créa l’homme à son image », mais qui fut sécularisée avec l’idée de Progrès suivant le siècle des « Lumières »), ou une « défaite » (une « excuse ») prétextant du hasard de l’histoire et des contingences qui en font inévitablement partie pour nous délester de notre responsabilité. Ce serait trop facile. Ce serait éluder la question de notre faible capacité à comprendre les impacts de nos décisions, et à en assumer les conséquences. Et cela n’est pas acceptable. Du moins je refuse de m’y résigner sciemment et volontairement. Car on ne peut pas nier que ce soit difficile pour nous d’arriver à atteindre des objectifs (être heureux) avec efficacité (sans détour fallacieux). Mais c’est en reconnaissant qu’il s’agit d’un défi qu’on se donne une chance de comprendre pourquoi c’est si « compliqué ». Cette interrogation serait, selon moi, salutaire, si elle était menée à son terme, même si elle nous met devant l’obligation de différer les décisions définitives. Il est vrai que cela peut avoir un effet déprimant pour certains esprits férus d’action (assoiffés de félicité).

D’un autre côté, pour nous en tenir à un exemple où l’enjeu est environnemental, la reconnaissance du fait que les ressources soient limitées et qu’il faudrait inclure le coût des externalités dans le coût de production (la compagnie devrait compenser la collectivités pour la pollution qu’elle risque d’émettre – ce qui rendrait le prix des produits plus élevé dans le cas de ceux qui polluent davantage, même si on a pris toutes les précautions) tout cela mène à cette idée de pression exercée par (ou, d’un autre point de vue sur) les candidats à la mise en oeuvre de ces grandes solutions. Je m’explique sur la possible interversion des prépositions « par » et « sur ». Elle tient au fait que les « candidats » à la mise en oeuvre peuvent être vus comme étant les corporations qui peuvent agir et qui ne le veulent pas ou comme les « acteurs » qui mettent de l’avant ces solutions mais ne sont pas en position de les appliquer. En effet, les grandes compagnies sont ces « candidats », en un premier sens (et c’est le « par » qui s’impose alors dans la proposition problématique), car elles peuvent agir et faire une différence. Mais comme ce n’est pas dans leur intérêt immédiat elles résistent plutôt au changement et exercent une pression en retour « sur » les autres candidats à la mise en oeuvre de ces solutions, soit celles et ceux qui en ont eu l’idée. Du coup, c’est « par » elles, via les lobbies puissants qui les représentent, que la pression est exercée.

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