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En écho à ma conversation d’hier avec Isabelle, une amorce d’introduction à l’esthétique …

 

Qu’est-ce que l’esthétique ? (1/x)

Pourquoi ce billet m’est-il cher ?

Ce billet m’est cher. Et ce pour plusieurs raisons.
D’abord parce qu’il témoigne de ce que j’ai osé prendre le temps de me consacrer à la réflexion philosophique, ma « passion dominante » comme disait David Hume à propos de la littérature, alors qu’on a toujours mille raisons de différer les choses essentielles… Ensuite, parce qu’il m’est inspiré par une conversation que j’ai eue hier soir avec une femme, Isabelle Drolet, qui a tout un parcours et dont on sent qu’elle apprécie réellement la réflexion critique et qui m’a demandé humblement de l’aider à comprendre en quoi consiste l’«esthétisme», mot qui n’est pas le même que celui que je vais tenter de définir aujourd’hui, mais qui va me servir de point d’appui pour expliquer certaines différences entre les deux «phénomènes». Comme l’a dit Isabelle, à la fin de notre conversation – dans le cadre du 5 à 7 (il était 10h…) pour célébrer les avancées du Bâtiment 7, ce projet de fabrique d’autonomie collective, fruit d’un travail de près de 14 ans de la part de ce qui est devenu, depuis plus de 5 ans, le Collectif 7 à Nous, issu de et enraciné dans la communauté de Pointe-Saint-Charles – , c’était « une belle rencontre ». Et je dois avouer que ça m’a fait chaud au coeur lorsqu’elle m’a fait le compliment de me dire que j’étais un « vrai philosophe » parce que je savais vraiment discuter, sans nécessairement chercher à avoir raison à tout prix, ce qu’elle apprécie profondément. Mais ce qui me fait vraiment plaisir, c’est que ça me confirme que nous pouvons tous devenir vraiment philosophes, si nous apprenons, comme Isabelle le disait si bien, à nous questionner.

La troisième raison pour laquelle je suis particulièrement attaché à ce billet, avant même de l’avoir écrit (ou d’en avoir conçu le plan), c’est que je vais m’y attaquer pour une rare fois, assez directement, à un sujet qui est au coeur de mes préoccupations et qui constitue l’objet principal de mes recherches depuis la fin de mon baccalauréat en philosophie, et même qui est une des raisons d’être de mon engagement dans les études en philosophie, à savoir la revalorisation de la philosophie de l’art par rapport aux autres branches de la philosophie, souvent jugées plus prestigieuses.

Situer l’esthétique parmi les «branches» de la philosophie …

Quelles sont les branches de la philosophie ?

L’ontologie, science de l’être en tant qu’être

L’ontologie s’applique à expliciter les fondements de l’être, parfois pour lui-même, plus souvent en relation (plus ou moins conflictuelle ou harmonieuse, selon les perspectives), avec la notion de devenir. Cela nous ramène au vieux conflit entre Héraclite et Parménide. Celui-ci croyait que l’être pouvait être représenté adéquatement par le biais de la pensée d’une sphère parfaite, pleine et régulière (homogène) dans sa composition. On voit que l’esthétique (ici on pourrait dire « l’esthétisme », entendu au sens de « la beauté (voire la pureté) de la représentation ») joue déjà un rôle non négligeable dans l’élaboration des conceptions les plus fondamentales de la pensée occidentale. Il en va probablement de même, mais d’une manière que j’appèlerais à la fois  moins perverse et plus profonde dans la manière dont Héraclite concevait l’être, c’est à dire comme un devenir perpétuel. « Panta rei », disait le philosophe d’Éphèse : « Tout change ». Parmi les physiocrates, les premiers philosophes qui ont essayé de concevoir la réalité du monde sous un concept unificateur, donnant ainsi naissance à la pensée d’une cause sous-jacente aux formes variées qui surgissent dans le courant de la vie, Héraclite fait un peu bande à part, car il a choisi le feu d’une part, élément qui peut paraître destructeur, et qui renvoie de manière plus générale à l’énergie du mouvement qui est aussi contenu dans le flot des eaux d’une rivière ou la déferlante des vents d’une tempête (sans parler de l’éruption d’un volcan). Donc, il renvoyait non pas tant à un élément unique dont tout serait émané, qu’à la multiplicité même des apparences qui se métamorphosent formidablement sous nos yeux ébahis ou blasés.
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Deux signes, est-ce que ça fait un sens?

J’ai été frappé par deux articles dans l’édition du Devoir de ce matin, lendemain de la fête du travail au Québec.
Primo, une annonce concernant la création d’une chaire de philosophie nommée Ésope, dirigée par Frédéric Bouchard, ayant étudié la philosophie, en rapport avec l’esthétique, comme moi, mais du point de vue de la philosophie des sciences et particulièrement de la biologie (alors que je le faisais plutôt du point de vue de l’histoire des idées et de la critique littéraire).

Secundo, le fait qu’un professeur au collégial, Mathieu Bélisle, soit l’auteur de l’article paru dans la revue L’Inconvénient, et repris dans la section « Des idées en revue » (du Devoir), pour poser la question du « Nous » dont il se demande s’il est encore possible de prononcer cette expression sans qu’elle ne soit vide de sens « Peut-on encore dire « nous »? ».

Représentation d'Ésope, fameux auteur des fables et contes animaliers qui ont inspiré Jean de La Fontaine
Représentation d’Ésope, fameux auteur des fables et contes animaliers qui ont inspiré Jean de La Fontaine

Si je range ce billet dans une nouvelle section que j’appellerai « Fractions » (Aucun titre n’est parfait. Celui-ci peut paraître froid, si l’on songe uniquement à la dimension mathématique – à laquelle renvoyait déjà Facteurs – mais c’est aussi une référence plus directe à la réalité du numérique qui donne une place de premier plan aux fragments et qui favorise les « factions »… C’est un peu tout cela que j’ai voulu rassembler dans ce mot), c’est que je ne prétends pas avoir résolu quoi que ce soit en identifiant certains points « positifs » pour moi dans cette nouvelle et cette lettre d’opinion. Ce sont donc deux articles intéressants, pour moi. Mais « pour nous » quel est leur intérêt? Et comment peuvent-ils m’interpeller s’ils ne vous touchent pas également?
La problématique me semble bien exprimée par la conclusion de l’article de M. Bélisle.

Descombes nous invite à prendre conscience des limites de telles conceptions [multiculturalisme, pluralisme individualiste libéral] qui, en exerçant sur les individus la contrainte la plus faible possible et en se contentant d’une adhésion minimale, négligent une réalité toute simple, à savoir : que chaque société, qu’elle soit ancienne ou moderne, doit pouvoir se représenter elle-même comme à la fois fermée et ouverte, à défaut de quoi l’emploi du « nous » est sans objet.

Sur ce, bonne suite…