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Printemps ! Print time ?

Spring, source, ressort

Un faisceau (une fourche ou une fourchette) de (2 ou 3) mots associés au printemps. Le mot anglais, son sens second (à moins qu’il ne soit plus originaire que le premier), sa traduction littérale (en un troisième sens).

Quelque chose comme un appel, ou le cliché qui prend une dérape.

Robert Frost (brrr !) avait sûrement fait le lien entre la saison et l’idée « qui est derrière ».

Prayer in Spring

Oh, give us pleasure in the flowers to-day;
And give us not to think so far away
As the uncertain harvest; keep us here
All simply in the springing of the year.
(…)

[Source]

Évidemment, avec le participe présent, c’est ‘surgissement’ qui s’impose comme traduction de ‘Spring‘, au lieu de ‘ressort‘.

Que puis-ajouter qui ne soit simple reprise ? Pourquoi ne pas donner une ‘twist‘ plus mécanique à cette notion romantique de source d’où tout jaillit, fontaine de la vie ?

Voyez comme les concepts crapahutent, se catapultent et se superposent.

Il y a une expression plus exacte pour cela : ils se « téléscopent ». M’en direz-vous la cause ?

***

Je suis ressorti, tout à l’heure, en bras de chemise, pour aller à une causerie à la librairie Olivieri.  Elle réunissait autour d’une même table Ollivier Dyens (@Ollivier_Dyens) et Marcello Vitali Rosati (MVR Marviro @Monterosato). La rencontre s’intitulait : « Repenser l’humain au 21è s.« .
J’avais presque froid (j’avais roulé mes manches).
Regretterais-je de ne pas m’être amené une « petite laine » ?

Aurai-je le temps de formuler ce que j’ai retenu des présentations et des questions du public ? En tous cas, je vous informerai quand le contenu des échanges sera rendu disponible.

J’y ai rencontré une dame qui avait été au colloque en journée à McGill sur un thème similaire. Je n’ai pas eu l’occasion de prendre ses coordonnées. Elle termine une thèse à l’UQÀM sur la représentation des enjeux politiques qui façonnent la société actuelle dans une perspective sémiologique. Se reconnaîtra-t-elle ? Me lira-t-elle ? La retrouverai-je ?
La semaine prochaine (27-29 mai), on se retrouvera probablement à l’UQÀM pour explorer Les frontières de l’humain et le post-humain. Mais là je parle de toute la « compagnie ». Les « joyeux lurons » que nous étions. Car c’était « sympa », il n’y a pas à en douter.
Michael E. Sinatra (@mesinatra) faisait l’animation. Marviro encensa le travail de Dyens dans Enfanter l’inhumain. Le refus du vivant.

Sous-titre : Le refus du vivant Montréal, Éditions Triptyque, 2012.
Sous-titre : Le refus du vivant
Montréal, Éditions Triptyque, 2012.

Celui-ci aurait (selon MVR – je ne l’ai pas lu) pris, très humainement, la question de la soit-disant « spécificité de l’homme » à bras-le-corps, pour nous permettre une réflexion contemporaine sur la question du sens (ou du non-sens) de nos préjugés.

Il s’agit d’une critique de l’anthropocentrisme.

C’est également un plaidoyer pour la calculabilité de cet entre deux de la cause et de l’effet (que se passe-t-il entre le moment où j’exerce une pression sur la chaise et l’instant suivant où elle est cassée ?) qui nous laisse face au sentiment de notre impuissance à tout comprendre. Parce qu’il est trop commode de considérer que si cet ‘impondérable’ est mystérieux, c’est qu’il doit y avoir de la magie qui opère et que, donc, l’existence a un sens.
Une pensée qui se refuse à tout « saut philosophique », comme dirait Camus.

Ollivier Dyens projette de poser la question de l’art après avoir soulevé celle de l’homme. Peut-être faudra-t-il qu’il repasse par celle du langage.

Paru chez Hermann, dans la collection "Cultures numériques", en 2012
Paru chez Hermann, dans la collection « Cultures numériques », en 2012

D’ailleurs les mots ne lui manquaient pas non plus pour célébrer l’oeuvre de Marviro, avec son insistance sur la limpidité de son écriture, « ce qui est plutôt rare de la part de philosophes ». Et il rajoutait que cette écriture était à la fois limpide et dense (je peux en témoigner, des deux).
La densité des échanges qui ont suivi m’interdit de m’aventurer à en relater les termes plus avant ici. On se rappelle que nous sommes à l’ère où le temps manque à tout le monde. D’ailleurs MVR félicitait Ollivier d’avoir commencé par résumer les thèses que contenait son ouvrage (on laisse généralement cette synthèse pour la conclusion).
Éric Méchoulan (professeur titulaire de littérature française à l’Université de Montréal) est venu clore la période de questions avec une tentative de remettre dos-à-dos les deux comparses qui s’entendaient trop bien à son goût. Il jouait les avocats du diable, selon son expression, « pour s’amuser ».

Comme quoi l’ambiance printanière avait gagné toute l’assistance.

À propos de camaraderie, une amie d’Ollivier, fraîchement arrivée du Brésil – où elle est professeur à l’université (de Sao Polo ?) – , avait ouvert le bal (de la période de questions) de façon fort plaisante en suppliant presque son bon compagnon de ne pas utiliser le terme « machine » pour parler des humains. Ce mot lui semble inapproprié (« peu juste ») par rapport au terme « système », vue la complexité de notre métabolisme. En effet, celui-ci s’apparenterait davantage à un écosystème qu’à une mécanique.
Les deux panélistes acquiescèrent.
Ollivier Dyens donna raison à son amie, signalant qu’il devait travailler avec un langage défaillant pour traduire la réalité qu’il tente de désigner. Il ajouta que le terme ‘machine’ avait l’avantage de signifier quelque chose.
Je pense qu’il doit faire référence à la théorie des « petites machines » que seraient nos organes, selon Leibniz, d’après le professeur de philosophie François Duchesneau. À ce propos, voir la philosophie de la biologie que l’on retrouve chez Leibniz dans Les Modèles du vivant de Descartes à Leibniz.
Vous l’aurez compris, il était difficile de détourner ces interlocuteurs de leur bonne entente évidente (… et pendant que j’écris ces lignes des éclairs viennent déchirer le ciel au dessus de Montréal, alors que le grondement du tonnerre me prévient que le coup de minuit va bientôt sonner – il fait humide et presque trop chaud)

Alors que, de retour chez moi, j'écrivais ce billet. L'orage faisait... rage en ce soir de printemps 2013.
Alors que, de retour chez moi, j’écrivais ce billet, l’orage faisait… rage en ce soir de printemps 2013.

Je fus néanmoins édifié par la perspicacité d’Éric Méchoulan (@OutisJean). Il a vraiment décliné une série de paradoxes qu’on pourrait associer aux thèses présentées par les deux intervenants (je regrette de n’avoir pu les présenter avant cet aparte).
Je vous les donne en vrac.
Si on pense que le passage de la machine au pouvoir de réfléchir fait problème, c’est qu’on estime qu’il y a une différence de nature entre les deux. Donc, ce serait poser un faux problème que de vouloir élucider cette question si on ne croit pas au départ que la conscience soit d’un autre ordre que les phénomènes physiologiques.
Par ailleurs, parler du caractère discret du temps comme dans le paradoxe de Zénon, cela vient de ce qu’on s’en fait une conception spatiale, alors que si on l’envisage comme durée, la difficulté disparaît.
De manière semblable, on peut questionner la pertinence de délibérer sur les raisons pour lesquelles les possibles sont capables (ou non) d’initier des réalités (« en puissance » au départ et qui s’actualiseraient par la suite), si on reconnaît que seul le réel existe. Selon le professeur de littérature, ceci conduirait à expliquer le pouvoir présumé des virtualités par une illusion rétrospective. C’est parce qu’on sait que le web est advenu que l’on peut penser que Borges l’avait anticipé. Mais si on ne jure que par les purs possibles, on s’entend qu’on sombre dans l’informe et que tout est indifférent.
Là je fais le lien avec un élément de l’analyse que propose Marcello dans S’Orienter dans le virtuel, qu’a résumé Ollivier Dyens. Je vous invite à lire le billet de Marviro sur Sens Public (son espace blog intitulé « Culture numérique ») à propos du livre d’OD, où il rapproche la notion de ‘stigmergie‘ – qu’il développe à partir de l’exemple de la toile d’araignée qui se construit (en lien avec le comportement de l’araignée) selon sa propre logique – de ses propres réflexion sur la manière dont le réel et le virtuel s’interpénètrent.
Les deux jeunes professeurs s’en sont bien tirés pour répondre. Mais la température a monté d’un cran. C’était de bonne guerre. Une causerie, malgré son titre mignon, c’est aussi fait pour débattre.

À propos de concepts tendance (ou en passe de le devenir – une autre forme de virtualité), j’ai vécu un épisode de ‘sérendipité‘ suite à la clôture de la période de questions qui mit fin à l’échange. Tout le monde sait que c’est dans les interstices que les mailles se tissent.
Avant de quitter (bon j’ai dépassé minuit) la librairie, j’ai abordé un homme, croyant reconnaître un ami du cégep, André Habib (professeur de cinéma à l’Université de Montréal). Je m’étais trompé. Il s’agissait de Laurent Lavoix, qui avait posé – je crois – des questions. Il se trouve qu’il est en train d’écrire un roman qu’il songe à prolonger pour le web. Il avait commencé une recherche sur les auteurs québécois qui écrivent des textes sous la forme de réseaux pouvant s’inscrire dans la logique du numérique, et du web, dès 1994 !… Cet intérêt pour la littérature numérique québécoise m’interpelle puisque c’est précisément le domaine dans lequel je prévois réaliser un mémoire de maîtrise en littérature.
(la pluie s’abat lourdement après que le tonnerre et les éclairs eurent rejoint notre secteur de Montréal)
Quand je suis ressorti vers 21h15, il faisait noir sur Côte-des-Neiges mais plus chaud que lorsque je suis arrivé (vous vous rappelez mes bras nus ?). C’est un paradoxe du printemps : les soirées peuvent être plus chaudes que les après-midi. Et d’un autre côté, c’est naturel : le temps se réchauffe. C’est dans l’ordre des choses.

Quel est le ressort de cette intrigue ? D’où la source de ce flux verbal s’écoule-t-elle ? Les prochains billets suffiront-ils à relier les gerbes de ce faisceau ? Si le jaillissement d’un tel renouveau peut se peindre avec des mots, une fluidité accrue de la forme sera-t-elle nécessaire !?

Pour l’instant, il vaut mieux laisser advenir le printemps.

La foudre fend le rectangle noir de ma fenêtre qui donne sur le centre-ville de la métropole québécoise. Elle déchire le rideau d’obscurité en tapissant le couvert nuageux d’une lumière ouattée. L’éclair n’en réunit pas moins … le ciel et la terre.
Et le tonnerre menace de fracasser mes tympans au moment où je presse ‘Publier’.

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